compte rendu d’Olivier ROBERT de son parcours a l'UTMB 2021

Voici le compte rendu d’Olivier ROBERT de son parcours a l'UTMB 2021

Le meilleur moyen de réaliser l'impossible est de croire que c'est possible !

 

Tout est parti d'une belle     soirée intelligente, l'enterrement de vie de garçon et jeune fille de Romu et Neige💑, en 2014. Fin de soirée🍹, tombés au fond de la marmite de Sangria, on se lance le pari fou de faire la CCC, la "petite course" de l'UTMB. Pour cela, il faut aller à la pêche des courses qualificatives🏃‍♂️ pour cumuler des points et pouvoir s'inscrire. Pour accéder à cette course, il faut également être tiré au sort.  Nous ne sommes pris que la troisième année et nous relevons le défi en 2017.

Je me souviens avoir dit à Neige à l'arrivée que j'arrivais à la limite de mes possibilités et que je ne pourrai jamais faire plus😉.  Mais ça, c’était une réaction à chaud ! 🤣

Quelques temps après, nous décidons sciemment de faire l'UTMB, et pour cela, il faut aller chercher les points sur 3 courses qualificatives. Nous augmentons donc la distance l'année d'après dans les Cévennes sur un magnifique trail exigeant (129 km et 6500 d+) où on en prend plein les yeux (en plus des jambes😉). Encore une sortie de 110 km dans le Cantal quelques temps après et notre tirelire est pleine de points pour pouvoir participer au tirage au sort de l'UTMB😜. Malheureusement, nous ne sommes pas pris la 1ère année 😢. Nous réitérons l'année suivante et là la chance nous sourit. Lorsque nous apprenons que nous sommes retenus, un mélange de sentiments nous entoure. Il y a forcément de la joie😃, de l'excitation mais aussi du stress, de l'inquiétude🙄, de l'appréhension, ... 

Nous débutons donc notre prépa et calons des gros trails de préparation. Début mars, la prépa se complique avec l'arrivée du Covid et son 1er confinement. Courir dans un rayon d'un km lorsqu'on prépare un ultra reste rébarbatif et monotone 😒. Le 20 mai 2020, la sentence tombe : l'UTMB est annulé 😭. Tant pis, il y bien pire dans la vie, on renouvelle en 2021. On prépare notre course chacun de notre côté avec chacun nos blessures. Romu fait avec ses douleurs derrière les cuisses et moi avec mes lumbagos à répétition. Malgré ces problèmes de p'tits vieux, la prépa avance à grands pas et le jour J arrive. 

Le matin de la course, on se lève de bonne heure pour décaler les repas🍳. En effet, pour éviter le coup de fringale au départ, je dois manger 2 heures avant le départ. Je souhaite également faire une bonne sieste l'après-midi pour passer la première nuit sereinement. Ce ne se passe pas vraiment comme je veux car je n'arrive pas à dormir. C'est peut-être bien la 1ère fois que ça m'arrive ça 😉. Est-ce l'excitation du départ, le stress de la course, la peur de ne pas réussir ??? Certainement tout ça. 

Avec Cindy et JP, mes assistants officiels, nous rejoignons Chamonix en bus🚎.  

À l'arrivée en centre-ville, c'est l'euphorie ! Ça grouille de monde. Les speakers font monter la mayonnaise. Fabrice et Séverine sont déjà sur le pied de guerre et nous attendent avec leurs appareils photos sur la grande place du Triangle de l'amitié. Ils sont remontés exprès des Alpes du Sud pour vivre l'aventure UTMB. Merci beaucoup à vous 2😊.

Nous rejoignons le SAS d'attente où nous retrouvons Romu, Neige, Chloé et Clément. Nous faisons le point avec Romu sur notre équipement vestimentaire du départ. On sait qu'il va faire froid dans quelques heures mais il est bien trop tôt pour enfiler le kit hiver. Le groupe WhatsApp s’affole et les messages d'encouragement fusent de partout. Malgré la distance, je vous sens proche pour nous accompagner dans l'aventure. Un grand merci à vous pour votre soutien. 

Avec Romu, nous partons dans la dernière vague. Le public est chaud bouillant.  L'émotion est bien présente et la musique de Vangelis amplifie les frissons. Je réalise que je pars pour 171 km, 10500 m de dénivelé positif, autant de négatif, 2 nuits et environ 40 heures dans la montagne 😯. Nous quittons Chamonix sous les applaudissements 👏et encouragements des nombreux spectateurs. Nous empruntons des chemins larges et pistes forestières pendant environ 30 km. Ce ne sont pas forcément des traces rêvées mais cela permet d'allonger le peloton et surtout d'éviter les embouteillages.   Les traversées de villages sont festives. Aux Houches, un jeune d'environ 12 ans me demande un autographe. C'est bien la première fois que ça m'arrive 🤣. Je lui signe volontiers son carnet et je lui précise bien que je ne serai pas dans les premiers. 

Heureusement que je ne lui ai pas vendu du rêve 🤭. Arrivé à St Gervais, nos assistants sont là mais je ne suis pas autorisé à recevoir d'aide de leur part sinon je prends une pénalité.  Le règlement est très strict.  Je me ravitaille seul et je passe rapidement les voir avant de repartir avec la frontale. Les 10 km qui m'emmènent aux Contamines ne sont pas abruptes mais hyper cassants.  Ce sont une succession de petites bossent et des changements de rythmes. 

L'arrivée dans le ravitaillement des Contamines est compliqué.  Cindy n'a pas le droit de rentrer dans la zone repas. Je récupère quelques victuailles et je la rejoins tant bien que mal en me faufilant à travers les nombreux trailers. Je profite de cette pause pour enfiler un collant long car la fraîcheur de la nuit🌒 s'est installée et je dois aller à la Croix du Bonhomme🏔 qui culmine à 2444 mètres. La montée en monotrace est longue, pentue et technique tout comme la descente vers les Chapieux. Il est un peu plus de 3h30 et j'ai de plus en plus de mal à rester éveillé.  Je m'autorise 20 minutes de sieste au ravitaillement des Chapieux. 

Je repars direction le Col de la Seigne. Je reconnais le secteur où j'avais couru🏃‍♂️ le trail du petit St Bernard avec Jérôme l'année dernière. Le décor est de toute beauté à cet endroit et varie à chaque passage de col.  Après une montagne enneigée, on passe sur une montagne nue avec un décor lunaire puis ensuite une vallée verte et marécageuse avec de nombreux petits lacs.  C'est juste splendide 👍

Je prends énormément de retard sur mon prévisionnel car je m'arrête régulièrement pour faire la sieste au bord du chemin. À chaque fois que je repars, je me sens carrément mieux mais cela ne dure pas bien longtemps. Le problème est que je me rapproche dangereusement des barrières horaires. De nombreuses fois, je m'endors en marchant et c'est la chute de la tête en avant qui me réveille, parfois pas très loin du trou.  

Ce n'est pas sérieux de continuer comme cela d'où mes nombreuses siestes.  

J'arrive à Courmayer avec 3h30 de retard sur ce que j'avais prévu. Le ravitaillement ne se passe pas très bien.  Mes accompagnants n'ont pas le droit de me suivre à l'intérieur de la grande salle. Il faut que je récupère mon gros sac de délestage, que je laisse ma montre au stand Garmin pour une recharge rapide, que je prenne de quoi manger et là que je descende les escaliers pour rejoindre Cindy et JP qui m'attendent dans une zone à 200 mètres. Je croise à ce moment-là Neige, Chloé et Clément qui constatent ma colère après l'organisation. 

Cindy et JP me calment en me lisant vos messages.

Je suis dans le doute de pouvoir le terminer. Je ne suis pas à la moitié du parcours et je n'ai envie que d'une seule chose, c’est de dormir😴

Cindy et JP perçoivent bien mon mal et me rebooste pour que je reparte. Avant de repartir, je remonte chercher ma montre.  Je croise Neige et les enfants qui attendent avec impatience Romu.  Ils sont également énervés contre l'organisation.  Romu est dans la salle là-haut en train de refaire son sac.  Nos regards en disent long sur l'espoir d'y arriver.  Je continue mon chemin pour récupérer ma montre. Au moment de la prendre, je constate que la personne me l'a éteinte 😲. Je n'ai plus de repères, plus de km, plus de dénivelé positif, plus de temps de course. Je n'avais pas forcément besoin de ça à ce moment-là 😬. Je repars 10 min avant la barrière. Je continue de faire régulièrement des siestes😴 jusqu'à Arnouvaz pour éviter de tomber. Cindy m'attend avec Neige et les enfants.  Ils sont gelés🥶.

Une dame nous annonce que le vent s'est levé mais qu'on l'aurait dans le dos pour monter le grand col Ferret. Un organisateur nous donne également l'ordre de repartir obligatoirement avec le collant long car il fait - 3°C là-haut vent à 85 km/h🌪 ressenti -10°C Par expérience de la CCC de ce col qui est à découvert, je rajoute mon sur-pantalon, bonnet, 3 couches dont une chaude et les lunettes grand froid. Je récupère rapidement à manger pour pouvoir manger dehors car je ne suis plus qu'à 2 minutes de la barrière et elle se trouve à l'extérieur du ravito. L'étau se resserre.  Romu repart 2 minutes avant moi. Je quitte les filles et Clément qui sont complètement frigorifiés pour les retrouver à Champex.  Ils doivent se prendre 3h15 de navette pour me rejoindre. Le 1er tiers de l'ascension du grand col Ferret se fait sous la pluie🌧 et je confirme que l'on n'a pas le vent dans le dos comme annoncé. Je me force à ne pas m'arrêter pour dormir car la température est hivernale et je n'ai plus de matelas de confort au niveau horaire. Avec mon équipement, je supporte plutôt bien le grand froid mais je ne m'attarde pas non plus en haut pour redescendre rapidement.

J'essaie de courir 🏃‍♂️dès que celà est possible pour rattraper le temps perdu aux siestes. JP, Séverine et Fabrice sont à la Fouly pour nous attendre. On arrive ensemble avec Romu alors que l'on ne s'est pas vu sur cette portion. Après un ravitaillement rapide🍌🍉🥣, on repart sur une longue descente puis une courte montée pour rejoindre Champex. Romu m'annonce qu'il ne reste plus qu'une quarantaine de bornes et rajoute : c'est une sortie du dimanche.

Pour ma part, c’est le déclic et je me dis qu'il faut juste que je fasse attention aux barrières et c'est gagné. La difficulté est quand même bien présente avec ces trois derniers pics qui nous attendent. Vers 4 h, mon téléphone sonne.  Jérôme vient de se faire réveiller par ses neuro-transmetteurs urinaires et en profite pour prendre de mes nouvelles. Ça m'a permis de me tenir éveillé et d'avancer vers Trient. Peu de temps après avoir raccroché, c’est au tour de Théo de m'appeler. La fin de nuit est passée beaucoup plus vite et ça m'a permis de faire un peu moins de siestes au bord du chemin. 

Dans cette descente à Trient, je m'arrête à un endroit pour enlever un vêtement.  À ce moment, un groupe de 4 personnes me demande si ça va.  Je leur réponds que oui, je n'avais pas de problème.  Et là, ils m'annoncent qu'ils sont les serre-files de la course. Ça m'a fait peur et je suis reparti rapidement en courant🏃‍♂️. J'ai donc été à la queue de la course.

Arrivé à Trient, JP m'annonce que je n'ai plus que 2 gros talus🏔🏔 à grimper et c'est fini. Pour les avoir pris à la CCC ou au moins une grande partie, je sais que ça ne va pas être une partie simple mais si près du but, je me dois d'y arriver. Dans l'avant-dernière montée, je m'arrête pour dormir 4 min. Lorsque je me réveille, pendant quelques secondes je me pose la question dans quel sens repartir. Le cerveau doit être en souffrance 🤣

J'arrive à mon 5ème et dernier ravito avec assistance qui se trouve à Vallorcine.  Toute la team est présente pour me booster.  Je repars avec 10 min d'avance sur la barrière. Normalement, je revois tout le monde à l'arrivée.  Mais là, au Col des Montets, surprise.  Fabrice et Séverine ont récupéré Cindy et JP pour me voir passer. Ça me donne un sacré coup de fouet pour aborder la fameuse montée de la tête au vent.  Elle paraît interminable.  C'est un chemin fait que de rochers que tu montes marche par marche. C'est super usant malgré que la trace soit très sympa.

Arrivé en haut, un des organisateurs nous annonce que si on ne court 🏃‍♂️pas dans la descente, on n'aura jamais la barrière horaire de la Flégère. Je ne peux pas échouer ici alors je me mets à courir pour rattraper le plus rapidement possible la Flégère. Le chemin est technique et je dois doubler plein de personnes qui n'avancent plus bien vite. Il faut que je reste quand même vigilant pour ne pas me blesser.

Ça remonte légèrement pour arriver au point que je pensais pointer. 

J'arrive essouffler et dans le rouge par l'effort que je viens de réaliser au niveau d'un restau. 

Un gars nous annonce que le pointage se fait un peu plus loin à 500 m et que la barrière est à 14h30. Le profil est d'abord descendant mais il y a une bonne montée derrière pour y arriver. Ma montre n'a plus de batterie et je sais que j'ai moins de 5 minutes pour valider mon passage. J'arrive défoncer mort au ravito mais ma puce a bipé.  C'est bon, c’est désormais gagné. Je me ravitaille rapidement en pastèque🍉 et orange🍊 et je repars. Maintenant, seul objectif, c'est rattraper Romu qui est loin devant pour passer la ligne d'arrivée ensemble. Je ne me ménage plus dans les descentes et je cours sans arrêt jusqu'au moment où je le vois. La joie est là, le match est gagné🏆. On se sert dans les bras puis on repart pour regagner Chamonix. On sait que l'on est attendu. L'arrivée est forte en émotion.  Les yeux s'humidifient. La famille de Romu et moi faisons le dernier km main dans la main sous les applaudissements de la foule. Les vainqueurs de l'UTMB nous font une haie d'honneur pour passer sous l'arche d'arrivée. Quelle arrivée inoubliable après 45h58 d'effort !

Nous avons réussi à terminer cette course grâce aux soutiens incontestables de Cindy, JP, Séverine, Fabrice, Neige, Chloé et Clément. Ils ont joué un rôle primordial à notre réussite et ça dans des conditions loin du confort.  Un grand MERCI à eux. 

Un grand MERCI également à vous tous qui m'avez suivi tout au long du week-end.  Je me suis régalé à vous lire après la course.   Désolé de vous avoir provoqué du stress lorsque que j'étais limite sur les barrières. Merci beaucoup pour vos encouragements. 

Un grand MERCI aussi à tous ceux qui m'ont accompagné sur les séances de trail, renforcement musculaire, VTT, vélo route, les séances nocturnes. C'est vraiment plus sympa à plusieurs 😉

Enfin, un grand MERCI aux personnes qui m'ont prêté du matériel (batteries externes, lampes, ceinture) pour réaliser la course. 

Merci merci merci. 

Tchao😘


Date de création : 08/09/2021 09:50
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